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| + | ====== § 7. la méthode phénoménologique de la recherche. ====== | ||
| + | <tabbox Martineau> | ||
| + | ==== Introduction ==== | ||
| + | Avec la caractérisation provisoire de l’objet thématique de la recherche (être de l’étant, ou sens de l’être en général), il semble que sa méthode soit aussi et déjà pré-dessinée. La dissociation de l’être par rapport à l’étant et l’explication de l’être lui-même, c’est là la tâche de l’ontologie. Mais la méthode de l’ontologie demeure au plus haut degré problématique tant que l’on veut — par exemple — prendre conseil auprès d’ontologies historiquement transmises ou de tentatives de ce genre. Comme le terme d’ontologie n’est appliqué à la présente recherche qu’en un sens formellement vaste, la voie qui consisterait à clarifier sa méthode en étudiant son histoire s’interdit d’elle-même. | ||
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| + | Par cet usage du terme d’ontologie, | ||
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| + | Avec la question directrice du sens de l’être, la recherche aborde la question fondamentale de la philosophie en général. Or le mode de traitement de cette question est phénoménologique. Du coup, le présent essai ne s’asservit ni à un « point de vue » ni à un « courant », s’il est vrai que la phénoménologie, | ||
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| + | Le titre « phénoménologie » exprime une maxime qui peut donc être formulée ainsi : « Aux choses mêmes ! », par opposition à toutes les constructions en l’air, les trouvailles fortuites, par opposition à la réception de concepts légitimés de manière purement apparente, et aux pseudo-questions qui s’imposent souvent durant des générations à titre de « problèmes ». Mais cette maxime — pourrait-on répliquer — va parfaitement de soi, en outre elle n’exprime guère que le principe de toute connaissance scientifique, | ||
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| + | L’expression est composée de deux éléments : phénomène et logos ; l’un et l’autre remontent à des termes grecs : phainomenon ou logos. Considéré extérieurement, | ||
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| + | ==== A. Le concept de phénomène ==== | ||
| + | L’expression grecque phainomenon, | ||
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| + | On parle en effet par exemple de « phénomènes pathologiques ». Ce qu’on entend par là, ce sont des événements corporels qui se montrent et qui, tandis qu’ils se montrent et tels qu’ils se montrent, « indiquent » quelque chose qui soi-même ne se montre pas. L’apparition de tels événements, | ||
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| + | Bien que l’« apparaître » ne soit en aucun cas un se-montrer au sens du phénomène, | ||
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| + | L’expression « apparition » peut elle-même à son tour désigner deux choses : d’une part l’apparaître au sens d’un s’annoncer comme ne-pas-se-montrer, | ||
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| + | Mais elle est encore aggravée par le fait qu’« apparition » est susceptible d’une quatrième signification. Soit l’annonce qui, en son se-montrer, indique le non-manifeste : si on la conçoit comme quelque chose qui surgit dans ce non-manifeste, | ||
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| + | Dans la mesure où un phénomène est toujours constitutif de l’« apparition » prise au sens du s’annoncer par quelque chose qui se montre, mais où ce phénomène peut se modifier privativement en apparence, l’apparition elle aussi peut devenir simple apparence. Sous une lumière particulière, | ||
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| + | Phénomène — le se-montrer-en-soi-même — signifie un mode d’encontre privilégié de quelque chose. Apparition, au contraire, désigne un rapport de renvoi qui est au Sein même de l’étant, de telle manière que ce qui renvoie (ce qui annonce) ne petit satisfaire à sa fonction possible que s’il se montre en lui-même, est « phénomène ». Apparition et apparence sont elles-mêmes diversement fondées dans le phénomène. La multiplicité confuse des « phénomènes » qui sont nommés par les titres de phénomène, | ||
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| + | Si dans une telle saisie du concept de phénomène, | ||
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| + | Mais si le concept phénoménologique de phénomène doit en général être compris, indépendamment de la question de savoir comment ce qui se montre peut être déterminé de façon plus précise, alors la présupposition indispensable de cette compréhension est un aperçu dans le sens du concept formel de phénomène et de son application légitime en un sens vulgaire. — Avant de fixer le pré-concept de la phénoménologie, | ||
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| + | ==== B. Le concept de logos ==== | ||
| + | (32) Chez Platon et Aristote le concept de logos est plurivoque, et il l'est assurément de telle manière que ses significations tendent à s' | ||
| + | |||
| + | Logos en tant que discours signifie bien plutôt autant que deloun, rendre manifeste ce dont « il est parlé » (il est question) dans le discours. Cette fonction du parler, Aristote l'a explicitée de manière plus aiguë comme apophainesthai. Le logos fait voir (phainesthai) quelque chose, à savoir ce sur quoi porte la parole, et certes pour celui qui parle (voix moyenne), ou pour ceux qui parlent entre eux. Le parler « fait voir » apo... à partir de cela même dont il est parlé. Dans le parler (apophansis) pour autant qu'il est authentique, | ||
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| + | Dans son accomplissement concret, le parler (faire-voir) a le caractère d'un parler au (33) sens d'un ébruitement vocal en mots. Le logos est phone, plus précisément phone meta phantasias - ébruitement vocal où à chaque fois quelque chose est aperçu. | ||
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| + | Et c'est seulement parce que la fonction du logos comme apophansis réside dans le faire-voir qui met en lumière quelque chose que le logos peut avoir la forme structurelle de la synthesis. Synthèse ne veut pas dire ici le fait de lier des représentations, | ||
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| + | De même, c'est parce que le logos est un faire-voir qu'il peut être vrai ou faux. L' | ||
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| + | Mais si la « vérité » a ce sens et si le logos est un mode déterminé du faire-voir, alors le logos ne saurait justement pas être considéré comme le « lieu » primaire de la vérité. Lorsque l'on détermine, comme c'est devenu aujourd' | ||
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| + | (34) Ce qui n'a plus la forme d' | ||
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| + | Et c'est parce que la fonction du logos réside dans le pur et simple faire-voir de quelque chose, dans le faire-accueillir de l' | ||
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| + | ==== C. Le pré-concept de la phénoménologie ==== | ||
| + | Il suffit d' | ||
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| + | Le titre de phénoménologie présente donc un sens autre que les désignations comme théologie, etc. Celles-ci nomment les objets de la science considérée selon leur teneur réale propre. Mais « phénoménologie » ne nomme point l' | ||
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| + | Mais par rapport à quoi le concept formel de phénomène doit-il être dé-formalisé en concept phénoménologique, | ||
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| + | Mais ce qui en un sens privilégié demeure retiré, ou bien retombe dans le recouvrement, | ||
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| + | La phénoménologie est le mode d' | ||
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| + | « Derrière » les phénomènes de la phénoménologie il n'y a essentiellement rien d' | ||
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| + | La modalité de recouvrement possible des phénomènes est à chaque fois différente. Un phénomène peut d' | ||
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| + | Mais le recouvrement lui-même, qu'il soit saisi au sens du retrait, de l' | ||
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| + | Le mode d' | ||
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| + | Sur la base du pré-concept de la phénoménologie tel qu'il vient d' | ||
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| + | Comme le phénomène au sens phénoménologique est toujours seulement ce qui constitue l' | ||
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| + | Considérée en son contenu, la phénoménologie est la science de l' | ||
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| + | L' | ||
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| + | Ontologie et phénoménologie ne sont pas deux disciplines distinctes juxtaposées à d' | ||
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| + | Les recherches qui suivent ne sont devenues possibles que sur le sol posé par E. Husserl, dont les Recherches logiques ont assuré la percée de la phénoménologie. Les éclaircissements apportés sur le pré-concept de la phénoménologie indiquent que ce qu' | ||
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| + | En ce qui concerne la lourdeur et l' | ||
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| + | <tabbox Auxenfants> | ||
| + | Avec cette caractérisation provisoire (vorläufig) de l’objet thématique de notre investigation (l’Être de l’étant, ou plutôt le sens de l’Être « en général »), il semble encore que nous en ayons déjà indiqué par avance la méthode. Détacher (Abhebung) de l’étant l’Être, et expliciter l’Être lui-même, telle est la tâche de l’ontologie. Et la méthode de l’ontologie reste au plus haut point problématique aussi longtemps que l’on cherche à demander conseil notamment auprès (bei) des ontologies que nous a léguées (überliefert) l’histoire ou auprès de tentatives du même genre. Étant donné que pour cette investigation nous ferons usage (gebrauchen) du terme technique (Terminus) d’ontologie en un sens formellement large, la démarche s’interdit d’elle-même, | ||
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| + | En faisant usage du terme technique d’ontologie, | ||
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| + | En prenant pour question directrice celle qui est en quête du sens de l’Être, notre investigation aborde la question fondamentale de la philosophie en général. La manière de traiter cette question est la manière phénoménologique. Par là, le présent traité ne se prescrit ni un « point de vue », ni une « direction », et cela parce que la phénoménologie, | ||
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| + | L’intitulé « phénoménologie » exprime (ausdrücken) une maxime que l’on peut formuler de cette façon : « Droit aux choses mêmes ! ». Elle s’oppose à toutes (28) les constructions (Konstruktion) gratuites, à toutes les trouvailles occasionnelles (zufällig) ; elle s’oppose à la reprise de concepts qui ne sont qu’apparemment identifiés (ausweisen) ; elle s’oppose aux pseudo-questions (Scheinfrage) qui se propagent souvent d’une génération à l’autre comme autant de « problèmes ». On pourrait toutefois objecter que cette maxime va largement de soi et qu’elle est en outre l’expression du principe de toute connaissance scientifique. On ne voit pas pourquoi il conviendrait que cette évidence soit admise explicitement dans la désignation (Bezeichnung) de l’intitulé d’une recherche. Il s’agit en effet d’une « évidence » dont nous voulons nous rapprocher autant qu’il importe pour clarifier (Aufhellung) la démarche de ce traité. À ce titre, nous nous bornerons à exposer le pré-concept de la phénoménologie. (al. 4) | ||
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| + | L’expression a deux éléments (Bestandstück) : phénomène et logos ; tous deux remontent à des termes techniques grecs : phainomenon et logos. En apparence (äusserlich), | ||
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| + | ==== A. Le concept du phénomène ==== | ||
| + | L’expression grecque phainomenon, | ||
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| + | Ainsi parle-t-on de « phénomènes (Erscheinung) pathologiques ». On entend par là des événements (Vorkommnis) à même le corps, lesquels se montrent et, en se montrant, en tant que de tels événements se montrent, « indiquent » ce qui soi-même ne se montre pas. L’entrée en scène de tels événements, | ||
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| + | Bien que le fait d’« apparaître » ne soit pas, et ne soit jamais, un fait de se montrer, au sens de phénomène, | ||
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| + | L’expression « apparition » peut elle-même à son tour signifier deux choses : d’abord le fait d’apparaître, | ||
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| + | Mais cette confusion est encore fortement (wesentlich) aggravée par le fait que « phénomène » (Erscheinung) peut admettre une autre signification encore. Si l’on saisit ce qui annonce, ce qui, en se montrant, indique ce qui n’est pas manifeste ; si on le saisit comme ce qui, de cela même qui n’est pas manifeste, entre en scène, ce qui en rayonne, au point en effet que ce qui n’est pas manifeste soit pensé comme ce qui, par essence, n’est jamais manifeste – alors phénomène (Erscheinung) équivaut à dire : mise en avant, ou plus exactement : ce qui est mis en avant, mais ne constitue pas l’Être propre de ce qui se met en avant, à savoir : phénomène (Erscheinung) au sens de « simple apparition ». Certes, ce qui, ainsi mis en avant, annonce, se montre lui-même, mais il le fait de telle façon qu’en tant que rayonnement de ce qu’il annonce, il masque précisément en permanence, en lui-même, ce qu’il annonce. Mais, par le fait de masquer, ce fait de ne pas montrer n’est encore une fois pas apparence. Kant emploie le terme technique de phénomène (Erscheinung) dans le couplage suivant : Selon lui, les phénomènes (Erscheinung) sont d’abord les « objets de l’intuition empirique », ce qui, en celle-ci, se montre. Mais cela même qui se montre (le phénomène au sens originel authentique) est en même temps « apparition », et cela au sens d’un rayonnement qui annonce quelque chose qui se cache dans le phénomène (Erscheinung). (al. 10) | ||
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| + | Dans la mesure où, pour qu’il y ait « apparition » prise en tant qu’elle signifie s’annoncer au moyen de quelque chose qui se montre, un phénomène est requis à la base ; mais dans la mesure où ce dernier peut, de façon privative, se modifier (sich abwandeln) en une apparence, alors l’apparition peut également devenir simple apparence. Par exemple, sous un certain éclairage, quelqu’un peut paraître avoir les joues rouges, laquelle rougeur, qui se montre, peut être prise pour l’annonce (31) de la présence subsistante de fièvre, laquelle de son côté indique à son tour une perturbation dans l’organisme. (al. 11) | ||
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| + | Phénomène – ce qui se montre en lui-même – signifie un mode insigne de rencontre de quelque chose. Apparition, en revanche, désigne une liaison de renvoi qui, interne à l’étant lui-même, est en effet de telle sorte que ce qui renvoie (ce qui annonce) ne peut satisfaire à sa fonction possible que s’il se montre en lui-même, autrement dit s’il est « phénomène ». L’apparition et l’apparence sont elles-mêmes fondées dans le phénomène, | ||
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| + | Dans cette saisie du concept de phénomène, | ||
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| + | Mais dès lors, si le concept phénoménologique de phénomène en général a vocation à être compris, et cela abstraction faite de la façon dont ce qui se montre peut être déterminé de manière plus précise, alors il est à ce titre indispensable de présupposer que l’on a accédé au sens du concept formel de phénomène et qu’on l’applique légitimement en son sens vulgaire. Avant de fixer le pré-concept de la phénoménologie, | ||
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| + | ==== B. Le concept du logos ==== | ||
| + | Chez Platon et Aristote, le concept du logos a une pluralité de sens, et cela d’une façon telle assurément que les significations divergent sans être positivement guidées par une signification de fond (Grundbedeutung). En l’occurrence, | ||
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| + | En tant que discours, logos veut bien plutôt dire la même chose que deloun (montrer), rendre manifeste ce dont « il est question » dans le discours. Cette fonction du discours, Aristote l’a expliquée de manière plus approfondie comme étant l’apophainesthai | ||
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| + | Lors de son effectuation (Vollzug) concrète, l’acte de discourir (Reden) (de faire-voir) a le caractère du parler (Sprechen), de la communication (Verlautbarung) vocale de mots. Le logos (33) est phone (voix), plus précisément phone metá phantasias | ||
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| + | Et c’est seulement parce que la fonction du logos en tant qu’apophansis tient à ce qu’il fait voir quelque chose en le mettant en lumière, ce n’est qu’en raison de cela que le logos peut avoir pour structure la forme de la synthesis [synthèse]. En l’occurrence, | ||
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| + | Et d’autre part (wiederum), c’est parce que le logos est un ‘faire-voir’ que, pour cette raison, il peut être vrai ou faux. Aussi, tout repose-t-il sur le fait qu’il faille se libérer de tout concept de la vérité qui serait construit, et cela au sens d’une « concordance » (Übereinstimmung). Dans le concept de l’aletheia (vérité), cette dernière idée n’est en aucun cas l’idée originelle. L’« être-vrai » (Wahrsein) du logos en tant qu’aletheuein (dire vrai) veut dire : extraire de son état caché (Verborgenheit) l’étant dont il est question dans le legein en tant qu’apophainesthai, | ||
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| + | Mais puisque la « vérité » a ce dernier sens et que le logos est un mode déterminé du ‘faire-voir’, | ||
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| + | (34) Ce qui n’a plus la forme suivant laquelle le ‘faire-voir’ pur s’effectue, | ||
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| + | Et comme la fonction du logos réside dans le simple ‘faire-voir’ à partir de quelque chose, dans le laisser-réceptionner l’étant, logos peut signifier raison. Et d’autre part, comme logos va être employé, non seulement avec la signification de legein, mais également avec celle de legomenon [(ce qui est) dit], ce qui est souligné en tant que tel, et comme ce dernier n’est rien d’autre que l’hypokeimenon, | ||
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| + | Cette interprétation du « discours apophantique » peut probablement suffire à préciser la fonction primordiale du logos. (al. 23) | ||
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| + | ==== C. Le pré-concept de la phénoménologie ==== | ||
| + | Dès lors que l’on re-présente (Vergegenwärtigung) concrètement ce qu’ont mis en évidence l’interprétation du « phénomène » et celle du « logos », une relation intrinsèque entre les choses visées par ces deux titres saute aux yeux. L’expression phénoménologie se laisse ainsi formuler, en grec : legein tá phainomena | ||
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| + | S’agissant de son sens, le titre de phénoménologie diffère par conséquent des désignations que sont la théologie et autres (…)logies. Celles-ci nomment les objets de la science concernée suivant le contenu à teneur réale (Sachhaltigkeit) qui correspond à ladite science. Mais le titre de « phénoménologie » ne nomme pas l’objet de ses recherches, pas plus qu’il ne caractérise son contenu à teneur réale. Le mot ne fait que donner des renseignements (Aufschluss) sur le quomodo de la mise en lumière et (35) du mode de traitement de ce qui va être traité dans cette science. Science « des » phénomènes veut dire : une manière telle de saisir ses objets que tout ce qui est soumis à examen (zur Erörterung stehen) à leur propos doit être traité sous forme d’une mise en lumière et d’une identification directes. L’expression de « phénoménologie descriptive », laquelle est au fond tautologique, | ||
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| + | Mais eu égard à quoi faut-il ôter son côté formel (entformalisieren) au concept formel de phénomène pour en venir au concept phénoménologique, | ||
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| + | Mais ce qui, en un sens insigne, reste caché, ou bien retombe une fois encore dans la dissimulation, | ||
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| + | La phénoménologie est le mode d’accès à ce qui a vocation à devenir le thème de l’ontologie ; elle en est également le mode parlant de détermination. L’ontologie n’est possible qu’en tant que phénoménologie. Ce que, en tant que ce qui se montre, le concept phénoménologique de phénomène vise, c’est l’Être de l’étant, son sens, ses modifications et ses dérivés. Et le fait de se montrer n’est rien de quelconque, encore moins quelque chose de tel que le fait d’apparaître. L’Être (36) de l’étant peut moins que jamais être quelque chose « derrière quoi » se tient quelque autre chose « qui n’apparaît pas ». (al. 28) | ||
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| + | « Derrière » les phénomènes de la phénoménologie, | ||
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| + | Le mode possible d’occultation des phénomènes est variable. Un phénomène peut d’abord être dissimulé en ce sens qu’il n’a pas du tout encore été dévoilé. Nous n’avons ni connaissance (Kenntnis), ni méconnaissance, | ||
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| + | La dissimulation elle-même, qu’elle soit saisie au sens d’état caché, ou d’ensevelissement, | ||
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| + | Il faut avant tout que le mode de rencontre de l’Être et de la structure de l’Être soit obtenu des objets mêmes de la phénoménologie, | ||
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| + | En s’appuyant sur le pré-concept de la phénoménologie, | ||
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| + | Comme le phénomène, | ||
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| + | Prise en sa teneur réale, la phénoménologie est la science de l’Être de l’étant – autrement dit l’ontologie. Lors de l’explication (Erläuterung) que nous avons donnée des tâches de l’ontologie, | ||
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| + | En tant que thème fondamental de la philosophie, | ||
| + | |||
| + | L’ontologie et la phénoménologie ne sont point deux disciplines différentes qui, au côté d’autres, appartiendraient à la philosophie. Les deux titres caractérisent la philosophie elle-même quant à son objet et à la façon dont elle le traite. La philosophie est l’ontologie phénoménologique universelle, | ||
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| + | Les investigations qui suivent ne sont devenues possibles que sur le sol mis en place par E. Husserl, dont les Recherches logiques ont conduit à la percée de la phénoménologie. Les éclaircissements que nous avons apportés du pré-concept de la phénoménologie montrent que la grande importance de celle-ci ne tient pas à ce qu’elle serait | ||
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| + | Étant donné la lourdeur et le caractère « disgracieux » de l’expression dans les analyses qui suivent, il est loisible d’ajouter la remarque suivante : (39) autre chose est de rendre compte, de façon narrative, de ce qui est étant, autre chose de saisir, dans son Être, ce qui est étant. Pour cette tâche dernière nommée, ce ne sont pas seulement les mots qui manquent le plus souvent, mais c’est avant tout la « grammaire ». S’il est permis de renvoyer à des recherches antérieures, | ||
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