obra:etem:et58
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| + | ====== § 58. compréhension de l' | ||
| + | <tabbox Martineau> | ||
| + | Pour saisir phénoménalement ce qui est entendu dans la compréhension de l’ad-vocation (Anrufverstehen), | ||
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| + | La compréhension existentiellement entendante (existenziell-Hörende Verstehen) de l’appel est d’autant plus authentique (eigentlicher) que le Dasein entend et comprend plus absolument son être-ad-voqué (Angerufensein) — ou que ce qu’on dit convenir (gehört) et falloir (gilt) pervertit moins le sens de l’appel (Rufsinn). Or qu’est-ce qui est essentiellement contenu dans l’authenticité (Eigentlichkeit) de la compréhension de l’ad-vocation (Anrufverstehen) ? Qu’est-ce qui, à chaque fois (jeweilig), est essentiellement donné à comprendre (verstehen gegeben) dans l’appel, même si ce n’est pas toujours facticement (faktisch) compris ? | ||
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| + | À cette question (Frage), nous avons déjà apporté réponse (Antwort), par la thèse : l’appel ne « dit » (sage) rien qui serait à discuter (bereden), il ne donne aucune connaissance sur (Kenntnis) des événements (Begebenheiten). L’appel pro-voque le Dasein vers son pouvoir-être, | ||
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| + | Toutefois, ne répondrions-nous pas plus aisément et sûrement à la question de savoir ce que l’appel dit en nous « contentant » d’invoquer ce qui est constamment entendu — ou non-entendu — dans toutes les expériences de conscience (Gewissenserfahrung), | ||
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| + | Par suite, l’invocation d’un « en-dette » en tant qu’il est unanimement entendu n’apporte pas encore la réponse à la question du sens existential de ce qui est crié dans l’appel. Il faut d’abord que ce contenu de l’appel vienne au concept pour que puisse être rendu compréhensible ce que veut dire ce « en-dette » qui est crié, et aussi pourquoi et comment il est perverti en sa signification par l’explicitation quotidienne. | ||
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| + | L’entente quotidienne prend d’abord l’« être-en-dette » (Schuldigsein) au sens d’« être débiteur » (schulden), « avoir une ardoise chez quelqu’un ». On doit restituer à l’autre quelque chose auquel il prétend. Cet « être-en-dette » au sens d’« avoir des dettes » est une guise (Weise) de l’être-avec (Mitsein) autrui dans le domaine (Felde) de la préoccupation (Besorgen) en tant qu’elle pourvoit (Benschaffen) et fournit (Beibringen). D’autres modes de cette préoccupation se trouvent dans le fait de soustraire (Entziehen), | ||
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| + | Ensuite, être-en-dette offre la deuxième signification d’« être responsable de » (schuld Sein an), c’est-à-dire d’être la cause, l’auteur de quelque chose, ou encore « l’occasion de » quelque chose. Suivant ce sens de « responsabilité de » quelque chose, on peut être par conséquent « en-dette » sans pour autant « devoir », « être débiteur » envers autrui. Inversement, | ||
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| + | Ces significations vulgaires de l’être-en-dette comme « avoir des dettes auprès de... » (Schulden Haben bei) et « être responsable de... » peuvent converger et déterminer un comportement que nous nommons : « se mettre en dette » (sich schuldig machen), autrement dit : léser un droit en étant responsable du fait d’avoir des dettes, et se rendre ainsi passible d’une peine. Toutefois, l’exigence à laquelle on ne satisfait pas n’a pas nécessairement besoin d’être relative à une propriété, | ||
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| + | Laissons de côté la question de savoir comment de telles exigences prennent naissance, et comment, sur la base de cette origine, leur caractère d’exigence et de loi doit être conçu. En tout état de cause, l’être-en-dette au dernier sens cité, en tant qu’entorse à une « exigence éthique », est un mode d’être du Dasein. Autant vaut aussi, bien sûr, de l’être-en-dette au sens de « se rendre passible d’une peine », au sens d’« avoir des dettes », et de toute « responsabilité dans... », puisqu’il s’agit également dans tous ces cas de conduites du Dasein. Si l’on conçoit le fait d’être « chargé d’une dette (faute) éthique » (beladen mit sittlicher Schuld) comme une « qualité » du Dasein, cela revient à ne pas dire grand chose ; au contraire, ce qui se manifeste par là, c’est seulement que cette caractérisation ne suffit point pour délimiter ontologiquement ce mode de « déterminité d’être » (Seinsbestimmtheit) du Dasein par rapport aux conduites à l’instant citées. Tout aussi peu le (283) concept de dette (faute) éthique est-il ontologiquement clarifié lorsque sont devenues — et restées — régnantes des explicitations du phénomène qui incluent dans son concept l’idée de culpabilité, | ||
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| + | La clarification du phénomène de la dette, qui n’est pas nécessairement lié au « débit » et à l’infraction au droit (Rechtsverletzung), | ||
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| + | Dans ce but, l’idée du « en-dette » doit être formalisée jusqu’au degré requis pour que demeurent hors jeu les phénomènes de dette vulgaires, ceux qui sont relatifs à l’être-avec préoccupé avec autrui. L’idée de dette doit non seulement être haussée au-dessus du domaine de la préoccupation calculatrice (verrechnenden Besorgens hinausgehoben), | ||
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| + | Néanmoins, il y a dans l’idée du « en-dette » le caractère du ne-pas. Si le « en-dette » doit pouvoir déterminer l’existence, | ||
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| + | L’être du Dasein est le souci. Il comprend en soi la facticité (être-jeté), | ||
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| + | Et comment est-il ce fondement jeté ? Uniquement de telle manière qu’il se projette vers des possibilités où il est jeté. Le Soi-même qui, comme tel, a à poser le fondement de lui-même, ne peut jamais se rendre maître de celui-ci, et pourtant, en existant, il a à assumer l’être-fondement. Être son propre fondement jeté, tel est le pouvoir-être dont il y va pour le souci. | ||
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| + | Étant-fondement, | ||
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| + | Le Dasein est en existant son fondement, c’est-à-dire de telle manière qu’il se comprend à partir de possibilités, | ||
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| + | Dans la structure de l’être-jeté aussi bien que dans celle du projet est essentiellement contenue une nullité, et c’est elle qui est le fondement de la possibilité de la nullité du Dasein inauthentique dans l’échéance où il se trouve à chaque fois et toujours facticement. En son essence, le souci lui-même est transi de part en part de nullité. Le souci — l’être du Dasein — signifie ainsi, en tant que projet jeté : l’être-fondement (nul) d’une nullité. Autrement dit : le Dasein est comme tel en-dette, si tant est que demeure la détermination existentiale formelle de la dette comme être-fondement d’une nullité. | ||
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| + | La nullité existentiale n’a nullement le caractère d’une privation, d’un défaut par rapport à un idéal tout tracé que le Dasein manquerait d’atteindre — au contraire l’être de cet étant est, avant tout ce qu’il peut projeter et atteint le plus souvent, déjà nul en tant que projeter. Cette nullité n’apparaît donc pas non plus occasionnellement dans le Dasein pour s’attacher à lui comme une qualité obscure qu’il pourrait, à condition de progresser suffisamment, | ||
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| + | Et pourtant, le sens ontologique de la néantité de cette nullité existentiale ne laisse pas de rester obscur, et cela ne vaut pas moins de l’essence ontologique du ne-pas en général. | ||
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| + | Assurément, | ||
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| + | Même s’il permettent, une fois saisis de manière suffisamment formelle, un large usage, les concepts — qui plus est, peu transparents — de privation et de défaut manifestent déjà leur insuffisance à interpréter ontologiquement le phénomène de la dette, et rien n’est plus impossible que d’approcher le phénomène existential de la dette en s’orientant sur l’idée du mal, du malum comme privatio boni, s’il est vrai que le bonum aussi bien que sa privatio tiennent leur commune origine ontologique de l’ontologie du sous-la-main, | ||
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| + | Non seulement l’étant dont l’être est le souci peut se charger d’une dette factice, mais encore il est en-dette au fond de son être, et cet être-en-dette donne pour la première fois la condition ontologique permettant que le Dasein, existant facticement, | ||
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| + | Mais Quelle expérience plaide-t-elle en faveur de cet être-en-dette originaire du Dasein ? N’oublions pas cependant la contre-question de cette question : la dette n’« est »-elle « là » que si une conscience de dette s’est éveillée, ou bien le fait même que la dette « sommeille » n’annonce-t-il pas justement l’être-en-dette originaire ? Que celui-ci, de prime abord et le plus souvent, demeure non-ouvert, qu’il soit tenu refermé par l’être échéant du Dasein, cela ne fait que dévoiler la nullité citée. Plus originaire que tout savoir le concernant est l’être-en-dette. Et c’est seulement parce que le Dasein, au fond de son être, est en-dette, et, en tant qu’échéant et jeté, se le referme à lui-même, que la conscience est possible, si tant est que l’appel donne fondamentalement cet être-en-dette à comprendre. | ||
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| + | L’appel est appel du souci. L’être-en-dette constitue l’être que nous appelons souci. Dans l’étrang(èr)eté, | ||
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| + | Il semble ainsi que ce que le Dasein se donne à comprendre de cette manière représente bien une connaissance de lui-même, et que ce qui correspond à un tel appel soit une prise de connaissance en fait du « en-dette ». Mais si l’appel doit même avoir le caractère du con-voquer, cette explicitation de la conscience ne conduit-elle pas à une perversion consommée de la fonction de la conscience ? Con-voquer à l’être-en-dette, | ||
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| + | Assurément, | ||
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| + | Le sens de l’appel devient clair si la compréhension, | ||
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| + | Dès lors, l’entendre correct de l’appel équivaut à un se-comprendre en son pouvoir-être le plus propre, c’est-à-dire au se-projeter vers le pouvoir-devenir-en-dette authentique le plus propre. Le se-laisser-pro-voquer compréhensif à cette possibilité inclut en soi le devenir-libre du Dasein pour l’appel : la disposition au pouvoir-être-ad-voqué. Le Dasein, comprenant l’appel, est obédient à sa possibilité la plus propre d’existence. Il s’est lui-même choisi. | ||
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| + | Avec ce choix, le Dasein se rend possible son être-en-dette le plus propre, qui demeure (288) refermé au On-même. L’entente du On ne connaît que la suffisance ou l’insuffisance par rapport à la règle courante et à la norme publique. Le On décompte des infractions contre elles, et il cherche des compromis. Il s’est dérobé à l’être-en-dette le plus propre, afin de commenter d’autant plus bruyamment les fautes commises. Mais dans l’ad-vocation, | ||
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| + | Cela ne veut pas dire cependant : vouloir avoir une « bonne conscience », et pas davantage un culte volontairement rendu à l’appel, mais uniquement la disponibilité à l’être-ad-voqué. Le vouloir-avoir-conscience est tout aussi éloigné d’une recherche de responsabilités factices que de la tendance à une libération à l’égard de la dette au sens du « en-dette » essentiel. | ||
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| + | Le vouloir-avoir-conscience est bien plutôt la présupposition existentielle la plus originaire de la possibilité du devenir-en-dette factice. Comprenant l’appel, le Dasein laisse le Soi-même le plus propre agir sur soi à partir du pouvoir-être qu’il a choisi. Ainsi seulement peut-il être responsable. Mais tout agir, facticement, | ||
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| + | Bien que l’appel n’offre rien à la connaissance, | ||
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| + | Afin de rendre la dernière étape de notre interprétation, | ||
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| + | <tabbox Auxenfants> | ||
| + | Afin de saisir phénoménalement ce qui, dans l’interpellation, | ||
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| + | La Compréhension correspondant à l’écoute existentielle de l’appel est d’autant plus propre que le Dasein écoute et comprend, sans la moindre relation à quiconque, l’‘être-interpellé’ qui est le sien, et que le sens de l’appel est moins perverti (verkehren) par ce que l’on dit, par ce qui se doit et ce qui est convenable. Et qu’est-ce qui, par essence, se trouve dans l’‘être-référé-à-soi’ de la Compréhension de l’interpellation ? Qu’est-ce qui, à chaque fois, est par essence donné au Dasein à comprendre dans l’appel, même si en réalité il ne le comprend pas toujours ? (al. 2) | ||
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| + | À cette question, nous avons déjà apporté une réponse avec la thèse suivante : l’appel ne « dit » rien dont il faudrait parler, il ne donne aucune connaissance (Kenntnis) concernant quelque incident. L’appel, en le mettant face au Dasein, pointe vers le ‘pouvoir-et-savoir-être’ de ce dernier, et il fait cela en tant qu’appel venant de l’inquiétante étrangeté. L’auteur de l’appel est assurément indéterminé – mais, pour le cri d’appel, ‘le lieu d’où’ il appelle ne reste pas indifférent. Dans le cri d’appel, ce ‘lieu d’où il vient’ – à savoir l’inquiétante étrangeté inhérente à l’isolement (ou individuation) du Dasein qui a été lancé – est appelé de concert, c’est-à-dire qu’il est concomitamment ouvert-révélé. Le ‘lieu d’où vient’ le cri d’appel incitant le Dasein à se référer à son ‘pouvoir-et-savoir-être’, | ||
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| + | Mais, à la question de savoir ce que dit l’appel, n’est-il pas plus aisé et plus sûr de répondre en renvoyant « simplement » à ce à quoi couramment on obéit, voire à ce à quoi on reste sourd, dans toutes les expériences que l’on fait de la conscience d’obligation (ou morale), à savoir : (281) soit l’appel s’adresse au Dasein en tant que celui-ci est « en faute » (schuldig), soit, comme dans la conscience d’obligation (ou morale) faisant office de mise en garde, l’appel attire l’attention du Dasein sur la possibilité qu’il se mette « en faute », soit, en tant que « bonne » conscience, l’appel confirme « qu’il ne lui sait aucune faute (Schuld) » ? Si seulement, dans les expériences que l’on fait de la conscience d’obligation et les explicitations que l’on en a, ce que l’on éprouve « à l’unisson » comme « manquement aux obligations » (schuldig), si seulement cela n’était pas déterminé de façons si dissemblables ! Et même si l’accord se faisait sur le sens de ce « manquement aux obligations », le concept existential qu’est celui d’‘être-obligé’ se trouve obscur. Si toutefois c’est à lui-même que le Dasein s’adresse comme étant « obligé », d’où convient-il de tirer l’idée de l’obligation si ce n’est de l’interprétation de l’Être du Dasein ? La question est donc bel et bien soulevée à nouveau : qui dit comment nous sommes obligés et ce que signifie l’obligation ? L’idée de l’obligation ne saurait être forgée arbitrairement, | ||
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| + | Par suite, en appeler à ce que l’on s’accorde à entendre par « obligé », ce n’est pas encore répondre à la question en quête du sens existential de ‘ce qui est appelé’ dans l’appel. Il faut d’abord que ‘ce qui est appelé’ parvienne à son concept pour que puisse être rendu intelligible ce que désigne l’« obligé » qui est appelé, pourquoi et comment sa signification est pervertie par l’explicitation quotidienne. (al. 5) | ||
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| + | Le bon sens quotidien prend tout d’abord l’« ‘être-obligé’ » au sens d’être redevable (schulden), d’« avoir une ardoise chez quelqu’un ». Il convient que l’on restitue à l’autre ce à quoi il a droit. En tant que fait d’« avoir des dettes », cet « ‘être-redevable’ » (Schuldigsein) est une guise de l’‘être-avec’ en commun avec les autres qui évolue dans le champ de préoccupation où il s’agit de procurer et de fournir (beibringen). Soustraire, emprunter, receler, prendre, dérober sont d’autres modes de préoccupation de ce type, lesquels consistent, d’une manière ou d’une autre, à ne pas satisfaire au droit de propriété des autres. (282) L’‘être-obligé’ de cette nature est en rapport à ce dont on peut se préoccuper. (al. 6) | ||
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| + | ‘Être-obligé’ a ensuite pour signification seconde le fait d’« être responsable de », c’est-à-dire d’être la cause de quelque chose, d’en être l’auteur, ou même d’être « la raison » de quelque chose. Suivant ce sens de « porter la responsabilité » (Schuld haben) de quelque chose, on peut être « responsable » (schuldig), sans pour autant « devoir » quelque chose à quelqu’un d’autre, ni sans se « mettre en faute » (schuldig werden). Inversement, | ||
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| + | Ces significations vulgaires de l’expression ‘être-obligé’ en tant qu’« avoir des dettes auprès de quelqu’un » et que « porter la responsabilité de quelque chose », ces significations peuvent se combiner pour déterminer un comportement que nous appelons « se rendre coupable » (sich schuldig machen), c’est-à-dire, | ||
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| + | La question reste posée de savoir comment de telles exigences prennent naissance (entspringen) et, en raison de cette origine, de quelle façon il faut concevoir leur caractère d’exigence et de loi. En tout cas, l’‘être-obligé’, | ||
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| + | La clarification du phénomène qu’est l’obligation, | ||
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| + | À cette fin, il faut que l’idée d’« obligé » en vienne à être formalisée jusqu’à ce que s’en détachent les phénomènes d’obligation vulgaires, autrement dit ceux qui ont rapport à l’‘être-avec’ en commun avec les autres, tel qu’il se préoccupe. L’idée de l’obligation, | ||
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| + | Il n’en reste pas moins que l’idée d’« obligé » renferme le caractère de la négation (Nicht). Dès lors que le fait d’être « obligé » entend pouvoir déterminer l’existence, | ||
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| + | L’Être du Dasein, c’est le souci. Ce dernier regroupe en lui la facticité (l’‘être-ayant-été-lancé’), | ||
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| + | Et de quelle façon le Dasein est-il ce ‘fond-origine’ qui a été lancé ? De l’unique façon suivante : il se projette vers des possibilités dans lesquelles il a été lancé. Le ‘soi-même’ qui, comme tel, se doit de poser son propre ‘fond-origine’, | ||
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| + | Alors qu’il est ‘fond-origine’, | ||
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| + | Son ‘fond-origine’, | ||
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| + | Par essence, la structure de l’‘être-ayant-été-lancé’, | ||
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| + | L’invalidité existentiale n’a pas du tout le caractère d’une privation, d’un défaut, en regard d’un idéal affiché auquel le Dasein ne parviendrait pas, mais c’est au contraire l’Être de cet étant qui, en tant que Projection, bien avant tout ce qu’il peut projeter et que le plus souvent il atteint, est déjà invalide. Ce n’est donc pas non plus incidemment que cette invalidité fait son entrée sur la scène du Dasein, pour se coller à lui comme une qualité obscure dont il pourrait, une fois avoir progressé suffisamment, | ||
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| + | Malgré tout, le sens ontologique qu’a le caractère négatif (Nichtheit) de cette invalidité existentiale reste encore obscur. Mais cela vaut également de l’essence ontologique de la négation en général. Assurément, | ||
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| + | Déjà pour l’interprétation ontologique du phénomène de la faute, les concepts, qui plus est peu limpides, de privation et de défaut ne suffisent pas, quand bien même, une fois saisis de façon suffisamment formelle, ils admettent un emploi étendu. Rien ne permet moins d’approcher le phénomène existential qu’est l’obligation que de s’orienter sur l’idée du mal moral, du malum en tant que privatio boni (privation du bien). Et pour cause, le bonum et la privatio ont la même provenance ontologique, | ||
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| + | L’étant dont l’Être est le souci peut non seulement se charger d’une obligation de fait, mais il est, outre cela, au fond de son Être, obligé, lequel ‘être-obligé’ donne pour la première fois la condition ontologique permettant que le Dasein qui existe effectivement puisse devenir redevable, responsable ou fautif. Cet ‘être-obligé’ essentiel est la condition existentiale rendant possible, et cela co-originellement, | ||
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| + | Mais quelle est l’expérience qui parle en faveur de cet ‘être-obligé’ originel du Dasein ? N’oublions pas cependant la question qui s’oppose à celle-là : l’obligation « est »-elle « là » uniquement à partir du moment où une conscience d’obligation (Schuldbewusstsein) s’est éveillée, ou bien le fait même que l’obligation « sommeille » n’est-il pas précisément ce qui témoigne de l’‘être-obligé’ originel ? Que, de prime abord et le plus souvent, ce dernier reste non ouvert-révélé, | ||
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| + | L’appel est l’appel du souci. L’Être que nous nommons le souci, c’est l’‘être-obligé’ qui le constitue. Dans l’inquiétante étrangeté, | ||
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| + | Ce que le Dasein se donne à comprendre de cette façon serait donc bien une connaissance (Kenntnis) de lui-même. Et l’écoute correspondant à un tel appel serait une prise de connaissance (Kenntnis) du ‘fait originel’ suivant lequel il est « obligé ». Toutefois, si l’appel a bien vocation à avoir le caractère d’une citation à comparaître, | ||
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| + | Ce dernier sens de l’appel, l’interprétation la plus brutale n’ira sans doute pas jusqu’à l’imputer à la conscience d’obligation. Mais alors, que va bien vouloir encore dire « citer à comparaître devant l’‘être-obligé’ » ? (al. 25) | ||
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| + | Le sens de l’appel devient clair si la compréhension que l’on en a, au lieu de lui attribuer faussement le concept dérivé qu’est l’obligation prise au sens d’être tenu pour responsable (Verschuldung) d’une action ou d’une omission « qui en résulte », s’en tient au sens existential d’‘être-obligé’. Exiger cela n’a rien d’arbitraire dès lors que, venant du Dasein lui-même, l’appel de la conscience d’obligation s’adresse uniquement à cet étant. Mais alors, citer à comparaître devant l’‘être-obligé’ signifie m’inciter à me référer au ‘pouvoir-et-savoir-être’ que, en tant que Dasein, je suis à chaque fois déjà. Cet étant n’a pas besoin de commencer par se grever d’une « dette », d’une « responsabilité » ou d’une « faute », et ce par le biais de manquements ou d’omissions ; en tant qu’il est obligé, il a seulement vocation à être « obligé », à l’être proprement. (al. 26) | ||
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| + | Dans ce cas, écouter l’interpellation avec justesse équivaut à se comprendre en son ‘pouvoir-et-savoir-être’ le plus sien, c’est-à-dire à se projeter vers le ‘pouvoir-et-savoir-devenir-obligé’ propre le plus sien. Dès lors que le Dasein, tout en comprenant de la sorte, se laisse inciter à se référer à cette possibilité, | ||
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| + | (288) En faisant ce choix du ‘soi-même’, | ||
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| + | Ce qu’il faut entendre par là, ce n’est pas : vouloir avoir une « bonne conscience », et pas davantage prêter volontairement attention à l’appel, mais c’est uniquement se tenir prêt à être interpellé. Pour le Dasein, le ‘vouloir-avoir-conscience d’obligation’ est tout aussi éloigné de la recherche d’engagements effectivement pris, de responsabilités effectivement encourues ou de fautes effectivement commises, que de la propension à se libérer de l’obligation, | ||
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| + | Le ‘vouloir-avoir-conscience d’obligation’ est bien plutôt la présupposition existentielle la plus originelle ouvrant la possibilité d’un ‘devenir-obligé’ factuel. Dès lors qu’il comprend l’appel, le Dasein laisse agir en soi le ‘soi-même’ le plus sien, et cela à partir du ‘pouvoir-et-savoir-être’ qu’il s’est choisi. C’est de cette seule façon qu’il peut être responsable. Mais en réalité toute action est nécessairement « sans conscience d’obligation », pas seulement parce qu’elle n’empêche pas l’engagement moral factuel, mais parce que, sur la base invalide de sa Projection invalide, elle est à chaque fois déjà, dans l’‘être-avec’ en commun avec les autres, devenue obligée à leur égard. Ainsi, le ‘vouloir-avoir-conscience d’obligation’ en vient-il à assumer l’absence essentielle de conscience d’obligation, | ||
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| + | Bien que l’appel ne donne rien en terme de connaissance (Kenntnis), il n’est pourtant pas seulement critique, mais il est positif ; il ouvre-révèle le ‘pouvoir-et-savoir-être’ le plus originel du Dasein comme étant l’‘être-obligé’. En conséquence de quoi, la conscience d’obligation se manifeste comme étant une attestation relevant de l’Être du Dasein, dans laquelle elle appelle celui-ci lui-même à se référer à son ‘pouvoir-et-savoir-être’ le plus sien. Existentialement, | ||
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| + | Afin d’assurer la dernière étape de notre interprétation de la conscience d’obligation, | ||
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