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| estudos:wojtyla:karol-wojtyla-lexperience-de-lhomme [16/01/2026 04:39] – created - external edit 127.0.0.1 | estudos:wojtyla:karol-wojtyla-lexperience-de-lhomme [26/01/2026 12:45] (current) – mccastro |
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| ====== Karol Wojtyla : L'expérience de l'homme ====== | ====== L'expérience de l'homme ====== |
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| **Comment comprendre cette expérience ?** | ==Comment comprendre cette expérience ?== |
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| La présente étude naît d'un besoin d'objectivation dans le domaine de ce vaste processus de connaissance qu'on peut définir à l'origine comme l'expérience de l'homme. C'est la plus riche des expériences dont l'homme dispose, et en même temps peut-être la plus complexe. L'expérience de chaque chose qui se trouve hors de l'homme est toujours liée avec une certaine expérience de l'homme lui-même. L'homme ne fait jamais l'expérience de quelque chose hors de lui sans faire d'une certaine façon l'expérience de lui-même dans cette expérience. | La présente étude naît d'un besoin d'objectivation dans le domaine de ce vaste processus de connaissance qu'on peut définir à l'origine comme l'expérience de l'homme. C'est la plus riche des expériences dont l'homme dispose, et en même temps peut-être la plus complexe. L'expérience de chaque chose qui se trouve hors de l'homme est toujours liée avec une certaine expérience de l'homme lui-même. L'homme ne fait jamais l'expérience de quelque chose hors de lui sans faire d'une certaine façon l'expérience de lui-même dans cette expérience. |
| En liaison très étroite avec ce contact se déroule le processus de compréhension qui, lui aussi, a ses moments et sa continuité. Finalement, la compréhension de soi-même se compose d'actes multiples de compréhension, à peu près comme l'expérience se compose de multiples expériences. Il semble alors que chaque expérience est en même temps une forme de compréhension. | En liaison très étroite avec ce contact se déroule le processus de compréhension qui, lui aussi, a ses moments et sa continuité. Finalement, la compréhension de soi-même se compose d'actes multiples de compréhension, à peu près comme l'expérience se compose de multiples expériences. Il semble alors que chaque expérience est en même temps une forme de compréhension. |
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| **L'expérience comme base de la connaissance de l'homme** | ==L'expérience comme base de la connaissance de l'homme== |
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| Tout ce qui vient d'être dit ne se référait proprement qu'à l'homme singulier — celui que je suis moi-même. Mais sont également objets d'expérience les autres hommes, qui existent en dehors de moi. L'expérience de l'homme implique l'expérience de soi-même et celle de tous les autres hommes qui par rapport au sujet vont se trouver en position d'objet d'expérience, c'est-à-dire en contact cognitif immédiat. Bien entendu l'expérience individuelle d'aucun homme ne peut atteindre tous les autres, même contemporains, mais doit nécessairement s'en tenir à un certain nombre d'entre eux, plus ou moins limité. L'aspect quantitatif joue dans cette expérience un certain rôle. Plus il s'est trouvé d'hommes à portée de l'expérience de quelqu'un, plus grande et en un sens plus riche est cette expérience. | Tout ce qui vient d'être dit ne se référait proprement qu'à l'homme singulier — celui que je suis moi-même. Mais sont également objets d'expérience les autres hommes, qui existent en dehors de moi. L'expérience de l'homme implique l'expérience de soi-même et celle de tous les autres hommes qui par rapport au sujet vont se trouver en position d'objet d'expérience, c'est-à-dire en contact cognitif immédiat. Bien entendu l'expérience individuelle d'aucun homme ne peut atteindre tous les autres, même contemporains, mais doit nécessairement s'en tenir à un certain nombre d'entre eux, plus ou moins limité. L'aspect quantitatif joue dans cette expérience un certain rôle. Plus il s'est trouvé d'hommes à portée de l'expérience de quelqu'un, plus grande et en un sens plus riche est cette expérience. |
| Il faut néanmoins dire tout de suite — suspendant pour un instant le cours de ces considérations sur l'expérience, qui n'ont d'ailleurs pas tant d'importance en elles-mêmes que pour l'ensemble du problème de la connaissance de l'homme — que les hommes se communiquent aussi les résultats de leurs expériences concernant l'homme hors de tout contact direct. Ces résultats représentent déjà un certain savoir et contribuent à l'accroissement, non seulement de l'expérience, mais de la connaissance de l'homme, qu'il s'agisse d'une connaissance préscientifique, ou encore d'une connaissance scientifique dans ses différentes dispositions et orientations. A la base de cette connaissance il y a toujours l'expérience, et c'est pourquoi la connaissance de l'homme que l'on se communique ainsi réciproquement peut d'une certaine façon enrichir les expériences propres de tout un chacun. La connaissance non seulement provient de ces expériences, mais encore d'une certaine façon les influence. Ne le fait-elle pas en les déformant ? A la lumière de ce qui a été dit sur la liaison entre expérience et compréhension, il n'y a pas de raison de le penser. Il faudrait plutôt dire que la connaissance issue de l'expérience est à son tour un moyen de multiplier et de compléter les expériences. | Il faut néanmoins dire tout de suite — suspendant pour un instant le cours de ces considérations sur l'expérience, qui n'ont d'ailleurs pas tant d'importance en elles-mêmes que pour l'ensemble du problème de la connaissance de l'homme — que les hommes se communiquent aussi les résultats de leurs expériences concernant l'homme hors de tout contact direct. Ces résultats représentent déjà un certain savoir et contribuent à l'accroissement, non seulement de l'expérience, mais de la connaissance de l'homme, qu'il s'agisse d'une connaissance préscientifique, ou encore d'une connaissance scientifique dans ses différentes dispositions et orientations. A la base de cette connaissance il y a toujours l'expérience, et c'est pourquoi la connaissance de l'homme que l'on se communique ainsi réciproquement peut d'une certaine façon enrichir les expériences propres de tout un chacun. La connaissance non seulement provient de ces expériences, mais encore d'une certaine façon les influence. Ne le fait-elle pas en les déformant ? A la lumière de ce qui a été dit sur la liaison entre expérience et compréhension, il n'y a pas de raison de le penser. Il faudrait plutôt dire que la connaissance issue de l'expérience est à son tour un moyen de multiplier et de compléter les expériences. |
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| **Le « Je » propre et l'homme dans le champ de l'expérience** | ==Le « Je » propre et l'homme dans le champ de l'expérience== |
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| Nous devons revenir encore sur ce point, car on perçoit toujours davantage le besoin d'éclairer ce que signifie l'expérience en général, et en particulier l'expérience de l'homme. Pour le moment, en effet, nous ne prétendons pas expliquer ce concept fondamental, mais nous tentons de décrire dans ses grandes lignes ce processus cognitif si riche et complexe que nous avons nommé « expérience de l'homme ». | Nous devons revenir encore sur ce point, car on perçoit toujours davantage le besoin d'éclairer ce que signifie l'expérience en général, et en particulier l'expérience de l'homme. Pour le moment, en effet, nous ne prétendons pas expliquer ce concept fondamental, mais nous tentons de décrire dans ses grandes lignes ce processus cognitif si riche et complexe que nous avons nommé « expérience de l'homme ». |
| Il y a disparité sans mesure car l'homme est bien davantage et bien autrement donné à lui-même en tant que « Je » propre qu'il n'est donné sous la figure d'un autre homme qui n'est pas moi. Même en admettant un rapprochement maximum par rapport à cet autre homme, même ainsi la différence subsiste. Ce rapprochement nous rend éventuellement plus facile la représentation objective de ce qui est en lui, ou de ce qu'il est lui-même, mais cette représentation objective n'est pas la même chose que l'expérience. Objet d'expérience, chacun l'est pour soi d'une façon unique et non réitérable, et aucun rapport extérieur à aucun autre homme ne peut être substitué à ce rapport d'expérience, qui est le propre du sujet. Il se peut que ce rapport d'expérience extérieur permette d'atteindre à une série de résultats d'ordre cognitif que ne donne pas l'expérience propre du sujet. Ces résultats seront divers suivant le degré de rapprochement, et aussi suivant la façon de s'engager dans l'expérience de l'autre et donc d'une certaine manière dans l'expérience d'un « Je » étranger. Tout cela pourtant ne saurait masquer la disparité foncière entre cette expérience absolument unique qu'est l'expérience de cet homme que je suis moi-même, et toute autre expérience de l'homme. | Il y a disparité sans mesure car l'homme est bien davantage et bien autrement donné à lui-même en tant que « Je » propre qu'il n'est donné sous la figure d'un autre homme qui n'est pas moi. Même en admettant un rapprochement maximum par rapport à cet autre homme, même ainsi la différence subsiste. Ce rapprochement nous rend éventuellement plus facile la représentation objective de ce qui est en lui, ou de ce qu'il est lui-même, mais cette représentation objective n'est pas la même chose que l'expérience. Objet d'expérience, chacun l'est pour soi d'une façon unique et non réitérable, et aucun rapport extérieur à aucun autre homme ne peut être substitué à ce rapport d'expérience, qui est le propre du sujet. Il se peut que ce rapport d'expérience extérieur permette d'atteindre à une série de résultats d'ordre cognitif que ne donne pas l'expérience propre du sujet. Ces résultats seront divers suivant le degré de rapprochement, et aussi suivant la façon de s'engager dans l'expérience de l'autre et donc d'une certaine manière dans l'expérience d'un « Je » étranger. Tout cela pourtant ne saurait masquer la disparité foncière entre cette expérience absolument unique qu'est l'expérience de cet homme que je suis moi-même, et toute autre expérience de l'homme. |
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| **Expérience et compréhension** | ==Expérience et compréhension== |
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| L'expérience de soi-même ne laisse pas cependant d'être expérience de l'homme, et ne franchit pas les limites de cette expérience qui comprend tous les hommes ou tout simplement l'homme. Il en va ainsi certainement en raison de la part prise par l'esprit humain dans les actes de l'expérience de l'homme. Il est difficile de dire quelle stabilisation dans le champ de l'objet d'expérience peuvent à eux seuls assurer les sens, aucun homme en effet ne sait à partir de sa propre expérience comment se présente et à quoi se limite l'expérience purement sensible qui est celle de l'animal. Cependant une certaine stabilisation se produit, mais c'est tout au plus une stabilisation au niveau des individus particuliers qui regroupent des ensembles donnés de qualités sensibles (c'est de cette façon par exemple qu'un chien ou qu'un cheval distingue « son maître» d'un« étranger»). La stabilisation des objets expérimentaux qui est propre à l'expérience humaine est foncièrement différente, elle procède par différenciation et classification intellectuelles. En vertu justement d'une telle stabilisation, l'expérience que fait le sujet de son propre « Je » se maintient dans les limites de l'expérience de « l'homme », ce qui permet ensuite à ces expériences de se recouvrir l'une l'autre. | L'expérience de soi-même ne laisse pas cependant d'être expérience de l'homme, et ne franchit pas les limites de cette expérience qui comprend tous les hommes ou tout simplement l'homme. Il en va ainsi certainement en raison de la part prise par l'esprit humain dans les actes de l'expérience de l'homme. Il est difficile de dire quelle stabilisation dans le champ de l'objet d'expérience peuvent à eux seuls assurer les sens, aucun homme en effet ne sait à partir de sa propre expérience comment se présente et à quoi se limite l'expérience purement sensible qui est celle de l'animal. Cependant une certaine stabilisation se produit, mais c'est tout au plus une stabilisation au niveau des individus particuliers qui regroupent des ensembles donnés de qualités sensibles (c'est de cette façon par exemple qu'un chien ou qu'un cheval distingue « son maître» d'un« étranger»). La stabilisation des objets expérimentaux qui est propre à l'expérience humaine est foncièrement différente, elle procède par différenciation et classification intellectuelles. En vertu justement d'une telle stabilisation, l'expérience que fait le sujet de son propre « Je » se maintient dans les limites de l'expérience de « l'homme », ce qui permet ensuite à ces expériences de se recouvrir l'une l'autre. |
| Une telle interférence des expériences, comme conséquence de la stabilisation « spécifique » de l'objet, constitue la base de la formation de la connaissance de l'homme tout à la fois à partir de ce que fournit l'expérience de l'homme que je suis, et l'expérience de tout homme qui n'est pas moi. Il convient de signaler qu'en elle-même la stabilisation de l'objet d'expérience par l'entendement n'est aucunement la preuve d'un a priori cognitif, mais seulement la preuve de la participation indispensable de l'esprit, de l'élément intellectuel, dans toute la connaissance humaine, dans la formation des actes constitutifs de l'expérience, c'est-à-dire de ces contacts cognitifs immédiats avec la réalité objective. C'est à cet élément intellectuel que nous devons la foncière identité d'objet de l'expérience de l'homme dans les deux cas, c'est-à-dire aussi bien quand le sujet de cette expérience s'identifie avec l'objet que quand il s'en distingue. | Une telle interférence des expériences, comme conséquence de la stabilisation « spécifique » de l'objet, constitue la base de la formation de la connaissance de l'homme tout à la fois à partir de ce que fournit l'expérience de l'homme que je suis, et l'expérience de tout homme qui n'est pas moi. Il convient de signaler qu'en elle-même la stabilisation de l'objet d'expérience par l'entendement n'est aucunement la preuve d'un a priori cognitif, mais seulement la preuve de la participation indispensable de l'esprit, de l'élément intellectuel, dans toute la connaissance humaine, dans la formation des actes constitutifs de l'expérience, c'est-à-dire de ces contacts cognitifs immédiats avec la réalité objective. C'est à cet élément intellectuel que nous devons la foncière identité d'objet de l'expérience de l'homme dans les deux cas, c'est-à-dire aussi bien quand le sujet de cette expérience s'identifie avec l'objet que quand il s'en distingue. |
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| **La simultanéité de l'aspect interne et aspect externe de l'expérience de l'homme** | ==La simultanéité de l'aspect interne et aspect externe de l'expérience de l'homme== |
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| L'identité ne doit pas cacher la disparité illimitée. Disparité qui résulte de ce que c'est seulement par rapport à cet homme unique que je suis qu'existe aussi l'expérience à partir de l'intérieur (expérience intérieure) qui n'intervient par rapport à aucun autre homme en dehors de moi. Tous les autres ne sont jamais compris que dans une expérience de l'extérieur (expérience extérieure). Il reste évidemment possible de communiquer avec eux autrement que par la simple expérience, et cela rend d'une certaine façon accessible ce qui est l'objet de leur expérience exclusive de l'intérieur, mais l'expérience intérieure elle-même ne peut être transférée au-delà du propre « Je ». | L'identité ne doit pas cacher la disparité illimitée. Disparité qui résulte de ce que c'est seulement par rapport à cet homme unique que je suis qu'existe aussi l'expérience à partir de l'intérieur (expérience intérieure) qui n'intervient par rapport à aucun autre homme en dehors de moi. Tous les autres ne sont jamais compris que dans une expérience de l'extérieur (expérience extérieure). Il reste évidemment possible de communiquer avec eux autrement que par la simple expérience, et cela rend d'une certaine façon accessible ce qui est l'objet de leur expérience exclusive de l'intérieur, mais l'expérience intérieure elle-même ne peut être transférée au-delà du propre « Je ». |