estudos:henry:henry-1963-max-scheler
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| + | ====== Max Scheler (1963) ====== | ||
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| + | //Data: 2025-03-06 14:31// | ||
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| + | Et ailleurs, **Scheler** ajoute : « Une philosophie fondée sur l’intuition phénoménologique de l’essence doit affirmer que l’être absolu est connaissable, | ||
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| + | Ainsi le désespoir, comme **Scheler** l’a noté avec force, se manifeste-t-il, | ||
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| + | Il s’en faut de beaucoup cependant que la béatitude et le désespoir constituent les seules tonalités de l’existence susceptibles de surgir en elle et de la déterminer en l’absence de toute référence au monde de son affection, que, comme l’affirme **Scheler**, | ||
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| + | C’est là ce qui fait, comme l’a noté **Scheler**, | ||
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| + | Aujourd’hui cependant une telle affirmation peut-elle être maintenue ? L’intérêt de la réflexion contemporaine ne se porte-t-il pas au contraire, d’une façon très remarquable, | ||
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| + | Aujourd’hui cependant une telle affirmation peut-elle être maintenue ? L’intérêt de la réflexion contemporaine ne se porte-t-il pas au contraire, d’une façon très remarquable, | ||
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| + | En celles-ci, bien au contraire, selon **Scheler**, | ||
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| + | Aux perceptions de l’entendement s’opposent ainsi irréductiblement, | ||
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| + | Trois sortes d’objets, selon **Scheler**, | ||
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| + | Les valeurs des choses, dit **Scheler**, | ||
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| + | Et c’est ainsi que se constitue, comme le remarque **Scheler**, | ||
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| + | Cette question cependant ne peut plus être différée : dans l’essence de cette fonction sui generis de saisie, irréductible à un acte de représentation et le précédant, | ||
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| + | Mais là-dessus donnons la parole à **Scheler** lui-même : « la perception affective a le même rapport à son corrélatif axiologique que la « représentation » à son « objet », savoir un rapport intentionnel ». 64 | ||
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| + | Précisément parce que **Scheler** interprète le pouvoir de révélation de l’affectivité, | ||
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| + | La transcendance du corrélat intentionnel de la perception affective, constamment affirmée par **Scheler**, | ||
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| + | Ainsi s’accomplit la détermination ontologique du pouvoir de révélation de l’affectivité comprise comme une perception affective : se méprenant totalement sur la nature de ce pouvoir et le confondant avec celui de la transcendance, | ||
| + | |||
| + | Qu’en est-il de ce caractère affectif de la perception affective, c’est-à-dire de l’affectivité elle-même ? Considéré en lui-même, indépendamment de la structure intentionnelle de la perception, constitue-t-il, | ||
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| + | Les sentiments sensoriels, dit **Scheler**, | ||
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| + | Ainsi voit-on **Scheler** être amené à dire d’un sentiment qui n’a rien de sensoriel, par exemple d’une tristesse, très exactement ce qu’il a dit du sentiment sensoriel lui-même. 64 | ||
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| + | **Scheler** ne pressent la détermination ontologique structurelle de l’essence de l’affectivité comme constituée par l’exclusion hors d’elle de toute transcendance que pour laisser déchoir cette essence et tous les phénomènes qu’elle fonde sur le plan des déterminations ontiques. 64 | ||
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| + | Tous les sentiments spécifiquement sensoriels, dit **Scheler**, | ||
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| + | Tous les sentiments considérés en eux-mêmes, c’est-à-dire dans leur affectivité, | ||
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| + | Il n’y a pas de différence à faire entre eux à cet égard, la distinction hiérarchique qu’institue **Scheler** entre les sentiments sensoriels, vitaux, psychologiques ou spirituels ne concerne pas leur affectivité et ne la met pas en cause. 64 | ||
| + | |||
| + | La distinction instituée par **Scheler** est une distinction entre les « simples états affectifs », d’une part, et, d’autre part, des « visées intentionnelles affectives », des « perceptions affectives », c’est-à-dire des structures intentionnelles affectivement déterminées mais extérieures à l’essence même de l’affectivité, | ||
| + | |||
| + | La distinction instituée par **Scheler** entre les états affectifs et les perceptions affectives est précisément une distinction entre l’affectivité par elle-même incapable d’accomplir la révélation et réduite ainsi au rang d’état, de simple contenu empirique ou ontique, et, d’autre part, l’élément ontologique de la manifestation pure identifié à la structure intentionnelle de la perception : « les états-affectifs et les perceptions affectives sont donc des réalités fondamentalement distinctes ; les uns appartiennent au domaine des contenus et des phénomènes, | ||
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| + | Les affirmations de **Scheler** sont explicites. 64 | ||
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| + | Le moment où elle se confronte avec cette détermination structurelle inhérente à l’être du sentiment est pour la pensée de **Scheler** comme pour toute problématique qui, méconnaissant l’essence de l’affectivité et le pouvoir de révélation qui lui appartient en propre, prétend la soumettre au contraire au regard de l’intentionnalité et la saisir en cette dernière, celui de la contradiction. 64 | ||
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| + | L’hétérogénéité ontologique structurelle du sentiment et de la perception se montre en ceci que, ou bien le sentiment se produit dans son effectivité et dans la plénitude de sa réalité, ce que **Scheler** appelle improprement son intensité, et alors toute perception affective de ce sentiment devient impossible, ou bien cette perception a lieu, et le sentiment s’évanouit, | ||
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| + | Dans les cas d’émotion très forte il y a, note **Scheler**, | ||
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| + | Immédiatement après avoir considéré ce cas-limite de l’émotion **Scheler** ajoute : « nous n’avons affaire qu’à une forme plus marquée de ce qui se passe lorsque précisément l’intensité d’un sentiment et le fait qu’il nous « remplit » tout entiers, nous rendent momentanément « insensibles » à son égard et nous mettent par rapport à lui dans un état « d’indifférence » paralysante », c’est-à-dire en fait dans l’impossibilité de diriger sur lui une perception. 64 | ||
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| + | Ainsi se découvre l’incompatibilité de celle-ci et du sentiment considéré dans la réalité de son expérience subjective, c’est-à- dire dans sa passivité originelle à l’égard de soi dans le souffrir, ce que **Scheler** exprime à sa manière : « la perception affective nous « allège » et nous fait échapper à l’oppression qu’exerçait d’abord le sentiment », de même que « l’authentique co-sentir à la peine d’autrui », c’est-à-dire précisément sa perception, « nous libère de la contagion de cette peine ». 64 | ||
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| + | L’impossibilité de se présenter sous la forme d’un objet pour la perception est finalement reconnue par **Scheler** comme une loi valable pour tous les sentiments, à l’exception des sentiments sensoriels qu’il confond avec une unité constituée de sensations, c’est-à-dire avec un corrélat transcendant, | ||
| + | |||
| + | Les sentiments vitaux « sont à tout le moins troublés dans leur cours normal par l’attention qui s’attache à eux et ils ne fonctionnent avec leur plein sens et de façon normale qu’au-delà des sphères d’éclairement de l’attention… Ils ne prospèrent, | ||
| + | |||
| + | En tant que l’état affectif se trouve soumis à un mode de saisie émotionnel extérieur et contingent par rapport à son être et lui conférant, par suite, une signification également extérieure et contingente, | ||
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| + | La question de la possibilité pour le sentiment de se rapporter intentionnellement à quelque chose, plus exactement de la possibilité pour lui d’être pris dans la structure d’ensemble où s’accomplit originairement la transcendance du monde et de lui appartenir à titre d’élément et, bien plus, comme son essence fondatrice, se ramène à la question, non posée par **Scheler** et chez lui insoluble, de la possibilité de la perception affective elle-même, à la question du fondement du caractère affectif de la perception affective. 64 | ||
| + | |||
| + | Ici doit être rejetée la thèse de **Scheler** selon laquelle il existe une perception affective sui generis, c’est-à-dire une perception dont la spécificité consisterait dans son caractère affectif même. 64 | ||
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| + | C’est pourquoi une telle signification ne peut être reconnue dans son universalité et fondée que pour autant que cette essence est elle-même reconnue, pour autant que le pouvoir originaire de révélation de l’affectivité est saisi en lui-même et non pas confondu avec celui de la transcendance, | ||
| + | |||
| + | Comme celle de **Scheler**, | ||
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| + | Tel est justement le cas du sentiment sensoriel selon **Scheler**. 66 | ||
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| + | Je le sens, dit **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | Parlant du pouvoir du sentiment sensoriel de révéler l’état axiologique, | ||
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| + | En prétendant définir l’être de celui-ci et ce qui le détermine comme un sentiment à partir de l’extension d’une partie du corps organique et de son apparence étendue, **Scheler** confond deux choses, d’une part, la révélation originelle du sentiment à lui-même constitutive de son affectivité et qui consiste dans cette affectivité même, d’autre part, la représentation de ce sentiment, d’ores et déjà constitué en lui-même, sur le fond de son autorévélation originelle, comme affectif, comme sentiment, dans le milieu ontologique de la représentation et plus particulièrement, | ||
| + | |||
| + | Ici s’éclaire, | ||
| + | |||
| + | En identifiant l’être-constitué et l’être originel du sentiment sensoriel, **Scheler** confond deux sortes de caractères, | ||
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| + | L’hétérogénéité ontologique irréductible des caractères éidétiques du sentiment, d’une part, du milieu dans lequel il est situé comme sentiment constitué, d’autre part, l’hétérogénéité ontologique de leurs essences, de l’essence de l’affectivité et de celle de l’être transcendant spatial du corps organique, devient visible à l’intérieur même de la problématique instituée par **Scheler** quand se pose la question de savoir si« l’extension et la localisation des sentiments sensoriels » ne se réduiraient pas à une « apparence », de telle manière « qu’en fait ces sentiments seraient aussi inétendus et sans lieu que les sentiments « de l’âme » et les sentiments spirituels, qu’ils ne seraient liés, par exemple, que par une « association née de l’expérience » aux images de tels ou tels organes ou qu’ils ne seraient que « projetés » dans ces organes ». 66 | ||
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| + | Qu’il n’en soit pas ainsi, que l’extension du sentiment sensoriel lui soit inhérente et le détermine originellement dans son être même, **Scheler** en donne pour preuve le fait qu’elle existe quand bien même nous n’avons aucune connaissance, | ||
| + | |||
| + | Que le sentiment sensoriel soit seulement constitué, c’est-à-dire représenté dans l’être étendu du corps organique, on le voit dans l’illusion des amputés dont la signification, | ||
| + | |||
| + | Ici encore **Scheler** confond l’être originel et réel de la douleur avec son être constitué, avec sa représentation dans l’étendue imaginaire de l’image mnémonique du membre absent. 66 | ||
| + | |||
| + | Que pour expliquer l’illusion de l’amputé, | ||
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| + | Ainsi est démentie, par l’analyse même de **Scheler**, | ||
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| + | Comme le sentiment sensoriel, en effet, le sentiment vital, selon **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | Entre le sentiment sensoriel et le sentiment vital, toutefois, **Scheler** note une seconde différence : au lieu de se présenter sous la forme d’une simple fait, d’un « état brut » dont l’existence se réduit à celle d’un point, à « un contact immédiat dans l’espace et dans le temps », comme le fait le sentiment sensoriel, le sentiment vital tire sa signification de ce qu’il se propose comme un « sentiment-à-distance », comme la saisie intentionnelle des constituants axiologiques des processus vitaux qui se déroulent à l’intérieur ou à l’extérieur de notre corps propre. 66 | ||
| + | |||
| + | Ici encore la confusion faite par **Scheler** entre l’être originel, entre l’être affectif du sentiment vital et le milieu ontologique qui sert de substrat à sa constitution, | ||
| + | |||
| + | Le fait que de tels sentiments demeurent distincts en dépit de leur simultanéité temporelle et ne se mêlent pas pour constituer un état unique, c’est là, dit **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | Il existe, selon **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | La conception d’une pluralité de niveaux affectifs entendus comme des plans différents s’étageant selon des degrés de profondeur variable, depuis la profondeur la plus grande qui désigne l’intériorité de l’existence, | ||
| + | |||
| + | Le sentiment vital, parce qu’il s’étend à travers l’être-total du corps organique, présente une unité qui ne saurait résulter de la fusion des sentiments sensoriels, sinon, dit **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | Parce que l’extériorité réciproque de tous nos sentiments est celle de leur être-constitué et ne concerne en aucune façon leur être originel et réel, ce qui fait de chacun d’eux un sentiment, elle ne saurait instituer ni fonder leur partage entre différentes régions, une dissociation de leur être selon divers plans ou niveaux pourvus d’une signification ontologique et concernant ainsi chaque fois, comme l’affirme **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | Que l’extériorité réciproque des sentiments n’ait pas cette signification ontologique de fonder une pluralité de régions affectives réellement étrangères les unes aux autres, on le voit à ceci qu’elle se produit à l’intérieur d’une même région, celle des sentiments sensoriels qui se caractérisent, | ||
| + | |||
| + | C’est ainsi que les sentiments psychologiques eux-mêmes, les sentiments de l’âme ou du Je, selon la terminologie de **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | Avec la dissociation ontologique de l’être originel et de l’être constitué du sentiment se fait jour la possibilité pour les diverses modalités affectives de se trouver, pour reprendre les termes de **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | Si nous pouvons nous sentir ternes et misérables tout en éprouvant un vif plaisir sensoriel, ce n’est pas, comme le pense **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | Ici doit être rejetée radicalement la proposition de **Scheler** selon laquelle « la loi intérieure de la cohésion et de la succession des expériences affectives à un niveau déterminé demeure essentiellement indépendante par rapport à l’ordre d’un autre niveau, quelle que soit l’oscillation de l’attention d’un niveau à l’autre », proposition qui repose précisément sur la thèse de l’extériorité réciproque des niveaux affectifs et veut la rendre manifeste. 66 | ||
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| + | À l’appui de cette proposition, | ||
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| + | Il appartient précisément à l’essence de la béatitude et du désespoir, dit **Scheler** avec profondeur, que leur existence soit indépendante de l’alternance du bonheur et du malheur. » 66 | ||
| + | |||
| + | Le fait que la couche profonde, comme le déclare encore **Scheler**, | ||
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| + | Pareille détermination constitue le contenu même de la loi, aperçue par **Scheler** et énoncée par lui, « de la tendance à des succédanés dans le cas de détermination négative des couches émotionnelles profondes du Je », elle est visible quand il est dit que cette détermination négative de la couche affective profonde « produit » la tendance à rechercher des compensations périphériques, | ||
| + | |||
| + | La distinction de l’être originel et de l’être constitué du sentiment éclaire la question, posée par **Scheler** et discutée par lui dans une obscurité ontologique extrême, de la relation au Je inscrite en tout sentiment comme un de ses caractères les plus apparents. 66 | ||
| + | |||
| + | La prise en considération d’un tel caractère constitue l’un des thèmes de réflexion qui ont conduit **Scheler** à sa distinction des différents niveaux affectifs et à l’attribution à celle-ci de la signification que l’on sait. 66 | ||
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| + | Après avoir déclaré que « tout sentiment quel qu’il soit possède une référence vécue au Je », **Scheler** introduit entre les modes selon lesquels celle-ci s’accomplit une différence telle qu’elle conduit précisément à une différenciation ontologique des divers sentiments qui sont concernés par elle. 66 | ||
| + | |||
| + | C’est la relation au Je de l’être originel et réel du sentiment que considère au contraire **Scheler** dans le cas des sentiments de l’âme et des sentiments spirituels. 66 | ||
| + | |||
| + | Je peux, comme l’a noté **Scheler** avec force, « post-sentir » un sentiment que j’ai vécu autrefois, de telle manière que, sans l’éprouver réellement à nouveau, je le perçois cependant comme identique à ce qu’il était et suis ainsi capable de me le représenter et de le reconnaître, | ||
| + | |||
| + | Je peux, comme le souligne encore **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | Ici tombe, comme le voulait **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | C’est pourquoi la possibilité de « vivre de nouveau » un sentiment, mise par **Scheler** sur le même plan que celle de le post-, co-, ou pré-sentir, | ||
| + | |||
| + | C’est à la lumière de cette signification décisive d’une loi éidétique suprême qui divise l’élément pur de la phénoménalité en celui de la réalité où l’apparence est l’essence et, d’autre part, de l’idéalité et précisément de l’irréalité où elle n’est qu’une image, que doit être mise en question l’affirmation de **Scheler** selon laquelle « il y a dans la sphère du Fühlen une différence qui correspond à la différence de la perception et de la représentation (Vorstellen), | ||
| + | |||
| + | Il faut, comme l’a justement noté **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | La joie perçue dans un sourire et qui fait de celui-ci, il est vrai, ce qu’il est, non un mouvement objectif dans l’étendue mais, comme le dit **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | Comment une détermination spatiale réelle (il s’agit bien entendu de la spatialité sui generis du corps organique) peut, en se liant synthétiquement au contenu noématique affectif idéal visé dans la perception, en lui conférant sa réalité, créer l’illusion qu’un tel contenu est un contenu réel, que la perception atteint un sentiment réel, on le comprend ici, comme on comprend pourquoi le choix de **Scheler** se porta précisément sur le sentiment sensoriel et sur le sentiment vital lorsqu’il voulut montrer que la réalité du sentiment pouvait, dans certains cas, être une réalité étendue et se proposer comme telle. 67 | ||
| + | |||
| + | Si l’on oppose par exemple, à la manière de **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | Un tel caractère se trouve précisément interprété par **Scheler** comme susceptible de faire apparaître entre nos divers sentiments des différences radicales qui justifient leur répartition selon des régions étrangères les unes aux autres, comme un nouveau motif de scinder l’affectivité en différents plans ou niveaux. 67 | ||
| + | |||
| + | À cette possibilité de ressentir la souffrance d’autrui on ne saurait donc opposer, comme le fait **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | C’est pourquoi lorsque **Scheler** affirme encore « je peux co-sentir de façon réelle la fatigue d’un oiseau, mais non point jamais ses états affectifs de caractère sensoriel qui me sont totalement impénétrables », le paralogisme qu’il commet est clair, car il n’oppose pas ici, malgré l’apparence et comme il croit le faire, le sentiment sensoriel et le sentiment vital mais, d’une part, un sentiment sensoriel réel auquel, il est vrai, ni **Scheler** ni l’oiseau lui-même ne peuvent co-sentir et, d’autre part, un sentiment vital irréel auquel il est possible, non point toutefois parce qu’il s’agit d’un sentiment vital mais en raison de son irréalité seulement, de co-sentir. 67 | ||
| + | |||
| + | La relation de l’affectivité et de l’action aperçue par Kant mais dépourvue chez lui de tout caractère fondamental, | ||
| + | |||
| + | Une telle relation reconnue dans sa signification universelle se propose tout d’abord, il est vrai, comme indirecte, elle ne s’établit que par la médiation d’un troisième terme, le monde des valeurs auquel la pensée de **Scheler** confère une importance décisive et par rapport auquel elle s’organise et le plus souvent se définit. 68 | ||
| + | |||
| + | La faim du nourrisson, par exemple, ne naît pas d’une association entre le sein maternel et les impressions de plaisir qui s’y attachent, c’est, dit **Scheler** « une impulsion instinctive ayant d’emblée une orientation déterminée » et impliquant à ce titre, « sinon une image de la nourriture…, | ||
| + | |||
| + | La détermination immédiate de l’action par une tonalité affective, par un état affectif donné, est reconnue par **Scheler**. 68 | ||
| + | |||
| + | C’est pourquoi, ajoute **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | La reconnaissance de la détermination immédiate de l’action par l’affectivité demeure cependant équivoque chez **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | La relation extrinsèque de l’affectivité à ces valeurs, sa prétendue transcendance, | ||
| + | |||
| + | Cette impuissance à saisir l’affectivité comme source immanente de l’action se fait jour notamment dans la critique dirigée par **Scheler** contre la théorie, introduite par Locke et donnée depuis comme allant de soi, selon laquelle le principe des diverses productions et réalisations auxquelles l’action donne lieu se trouve dans le besoin, dans le sentiment du manque, bref dans des « états affectifs négatifs ». 68 | ||
| + | |||
| + | Il est remarquable en effet que pour établir au contraire le caractère positif de l’état affectif d’où procèdent ces productions et réalisations, | ||
| + | |||
| + | Freud et, d’une manière générale, le sensualisme, | ||
| + | |||
| + | Que l’état affectif considéré en lui-même et non dans sa prétendue relation à un corrélat axiologique transcendant, | ||
| + | |||
| + | Il existe incontestablement, | ||
| + | |||
| + | Bien plus, l’« idéal » vers lequel ce projet est orienté, le contenu dont il poursuit la réalisation et qui sert d’étalon à celle-ci trouve lui aussi, de l’aveu même de **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | Ainsi se renverse le rapport établi par **Scheler** entre les contenus axiologiques noématiques de la conscience et l’affectivité : ce ne sont plus les premiers qui déterminent la seconde et en règlent, selon des lois éidétiques, | ||
| + | |||
| + | Car le sentiment de l’absence d’un pouvoir positif dans un domaine donné n’est pas quelque chose de négatif mais suppose, comme le remarque **Scheler** avec force, « une authentique conscience de pouvoir ou du moins… le pouvoir encore indifférencié de la personne elle-même » et le transfert de ce pouvoir authentique dans un domaine où il ne peut encore s’exercer, | ||
| + | |||
| + | L’insuffisance de la détermination du « lien » de l’état affectif et du vouloir est identiquement celle de la critique dirigée par **Scheler** contre les concepts moraux traditionnels de « récompense » et de « punition ». 68 | ||
| + | |||
| + | Où pourrait se trouver en effet le fondement d’un tel lien et de la synthèse qu’il prétend poser, sinon dans la spéculation ou encore dans une foi pratique, l’une et l’autre étrangères aux présuppositions de la philosophie qui s’en tient à ce qui est et se montre tel ? **Scheler** cependant ne maintient pas seulement l’idée d’une telle synthèse en ce qui concerne la relation de l’action à des biens ou à des maux de récompense ou de punition, se bornant à la dévaloriser en même temps que ce qu’elle synthétise, | ||
| + | |||
| + | Il y a des choses, remarque justement **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | La fusion affective par exemple, l’émotion voluptueuse qui monte d’elle ne sauraient être visées, elles font précisément défaut, comme le note encore **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | Ici encore doit être rejetée la prétention émise par **Scheler** d’instituer à cet égard une distinction entre les différents sentiments ou entre leurs « niveaux », comme si seuls les sentiments les plus profonds, « les sentiments qui jaillissent… du tréfonds de notre personne », étaient indépendants de la volonté, tandis que celle-ci serait susceptible d’agir sur les autres, et cela de façon d’autant plus efficace qu’ils seraient plus proches du niveau périphérique ou sensoriel. 69 | ||
| + | |||
| + | **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | **Scheler** a bien vu que le rapport de la souffrance et de la joie n’est pas un simple rapport d’exclusion réciproque, | ||
| + | |||
| + | C’est pourquoi, comme l’a vu encore **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | La souffrance innocente, écrit **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | Ainsi la souffrance ne porte-t-elle plus en elle, inscrite dans son essence comme une possibilité pure et déjà effective, la béatitude, l’idée que le fait même de souffrir rapproche de Dieu n’est, selon **Scheler**, | ||
| + | |||
| + | La souffrance est justement, selon **Scheler**, | ||
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| + | Ainsi en est-il de l’espérance chez les jeunes, du souvenir chez les vieux, de tous les modes de vie imaginaires dans lesquels le moi substitue au sien un autre moi avec lequel il s’identifie, | ||
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